Management d'entreprise : acquérir le savoir-faire pour donner intérêt à bien faire

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Rémunération pousse au crime

Leçon de management d'un actionnaire :
La Société générale a du faire face à la grogne des actionnaires mardi lors de l'assemblée générale annuelle du groupe. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'ambiance était tendue, tournant parfois au règlement de comptes. «Nous sommes des grognards, et bien je vais grogner», a entamé un actionnaire, dès la première intervention. Critiquant le mode de rémunération des traders dans les salles de marché, l'homme a estimé que «quand on crée les conditions d'un gros bonus, on abaisse le seuil d'honnêteté des gens», ajoutant que si ce bonus n'avait pas existé, «il ne se serait pas passé ce qui s'est produit». Galvanisé par les applaudissements de la salle, l'actionnaire a estimé qu'au lieu d'emprisonner un employé (Kerviel, ndlr), ce sont «les dirigeants qui auraient du quitter les lieux», les accusant au passage d'avoir transformé la banque en «casino». (Le figaro.fr 
27/05/08)
 …ou  de l’importance du choix des critères de reconnaissance des services rendus et des modes de rémunération.

DIRIGER & SERVIR

Assises des patrons et dirigeants chrétiens

Les 27ème assises nationales des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens se sont tenues à Marseille du 28 au30 mars. Le thème en était « Diriger et servir ».
Selon l ‘invitation,  ce thème devait conduire les participants à réfléchir  sur leur comportement de dirigeants – davantage que sur leurs actions – à la lumière de l’Evangile et de la pensée économique et sociale chrétienne.
Cette distinction subtile laisse un peu pensif !
De fait, l’expérience montre qu’il n’y a pas lieu de distinguer :

  • les managers par la seule place qu’ils occupent, et donc par leurs façons personnelles d’agir et de se comporter, exercent une influence déterminante sur la communauté dont ils ont la charge ;
  • mais au delà de leur personnalité, de leurs qualités ou défauts, il y a les orientations qu’ils prennent, les règles du jeu qui ont cours, les modes opératoires mis en œuvre. Et de tout cela, ils sont les premiers décisionnaires.

Les documents préparatoires à ces journées posaient quelques bonnes questions : Quelles institutions formelles ai-je ou non favorisées, pour mieux diriger ? Quelle équité, quelle éthique dans mes pratiques. 

Il y a des entreprises qui "élèvent" les hommes.
Elles ne se distinguent pas des autres par le rassemblement en leur sein d’êtres d’exception. Tout au plus se caractérisent-elles par la tâche prioritaire que se sont donnée leurs dirigeants :

  • mettre en place des modes de fonctionnement tels que les personnes soient en situation de donner le meilleur d’elles-mêmes, de s’améliorer, aient  intérêt à progresser;
  • la règle du jeu y est telle qu’elle favorise un art de bien vivre ensemble;
  • connue de tous, expliquée, elle s’impose à tous, dirigeants et collaborateurs;
  • elle est la boussole commune qui permet d’avancer et de corriger les écarts, de se rappeler à l’ordre.

Il y a donc lieu de distinguer l’institution entreprise des hommes qui l’animent. Car ‘dès lors qu’une institution existe, elle tend à produire toutes ses conséquences’.[1]

Instituer : là se situe le rôle majeur des dirigeants.

Cela exige une  claire compréhension des ressorts des motivations humaines et une philosophie du management qui s’incarnent dans les principes de vie commune animant l’entreprise.
L’absence de réflexion, la  non prise en compte de toutes les réalités en cause, conduisent à des entreprises où les règles du jeu, officielles ou officieuses mais pratiquées, engendrent repli sur soi, méfiance et individualisme égoïste ; où sont encouragés la médiocrité et le développement, sinon la naissance de défauts et de vices ; où organisation, procédures, règlements et normes étouffent toute initiative, tout pouvoir, toute autonomie ; où conscience professionnelle, souci du travail bien fait ont été écartés au profit de contrôles a priori ; où les systèmes de reconnaissance, les grilles de salaires et classifications ont ignoré délibérément le mérite personnel et la qualité des services rendus.

Certes, la finalité de l’entreprise, c’est le service rendu aux clients.  Mais la qualité du service est directement dépendante de la manière dont le personnel est ‘servi’. Tout dirigeant doit faire en sorte que son entreprise favorise la croissance professionnelle, intellectuelle, morale et spirituelle de ceux qui la fréquentent ; sinon elle est  un obstacle à leur valorisation. Les réponses à ces préoccupations conditionnent la fécondité de l’entreprise dans la durée. Dans une entreprise mal gouvernée, l’employé, pauvrement servi, servira pauvrement.  

 


[1]  Paul Boncour

Ne pas rater son entrée dans la vie professionnelle

Droits et devoirs

propos recueillis lors d'une causerie avec des étudiants

Venus pour une causerie sur le thème

Comment ne pas rater son entrée dans la vie professionnelle ?’,

ces jeunes gens furent très surpris d’entendre le conférencier les féliciter de l’important héritage qu’ils avaient reçu ! Comme tout homme qui dès sa naissance, dispose d’un immense capital accumulé au cours des générations, sans avoir rien mérité. Sa vie durant, il va y puiser biens  matériels et surtout immatériels. De ce fait, il est  redevable, chargé d'obligations envers la société qui l'accueille. Et c’est …aux débiteurs que notre conférencier s’adressa. Car la dette est longue à purger. Une vie n'y suffit pas. L’héritier y parvient en partie, pour peu qu'il participe activement à la vie commune, contribue aux progrès réalisés et  transmette ce qu'il a lui même reçu.
Le ton de l’entretien était donné.


Un immense capital
matériel et immatériel
mis à disposition


Dès le premier jour, alors qu'il n'a contribué en rien à l'existence de l'entreprise, qu'il n'a apporté aucune pierre à l'édifice, le nouvel arrivant est invité à exploiter  ce patrimoine ; il se voit octroyer des prérogatives : poste, salaire, pouvoirs ; des moyens sont mis à sa disposition : outil de travail,  savoir-faire...Et il n'a encore rien fait! La seule attitude devrait être d'observer, d'écouter, de chercher à comprendre. Pour, enrichir peu à peu, selon ses talents, cette communauté qui, jusqu'alors, n'a pas eu besoin de lui pour vivre et se développer.

Cela exige, il est vrai, d'être sorti de l'état inconscient de l'enfant qui vient de naître : il ne peut réaliser, lui, ce dont il bénéficie. Seule l'éducation lui fera prendre conscience de cet état d'héritier et de débiteur.

Le jeune embauché qui entame sa vie professionnelle en commençant  par revendiquer "ses" droits devrait, au vu de tels constats, faire preuve de plus de bon sens et d'humilité. Tout comme le nouvel arrivant dans le service qui n'a que propos ironiques et critiques sur ce qu'il voit. Et celui qui "se garde pour lui" tours de main et savoir...
Ou encore ces "managers" qui, à peine débarqués, s'empressent de tout chambouler sans aucune considération pour  ce qui a été fait avant eux.

Bon sens,
humilité et respect


Une entreprise, comme toute communauté qui fait vivre des hommes, devrait inspirer le respect, quelles que soient les erreurs commises par les prédécesseurs. Elle existe : des clients ont été conquis et conservés, des produits mis au point, un savoir faire acquis, des méthodes peaufinées, des difficultés surmontées... Les efforts, voire les sacrifices, de plusieurs générations souvent, ont contribué à façonner un héritage dont la valeur n'apparaît pas au premier coup d'œil.

Avant de critiquer, réformer,  réorganiser,  restructurer, découper,  recentrer, dégraisser...- opérations, certes peut être nécessaires - il conviendrait de manifester plus de respect pour ceux qui ont fait et qui font cette communauté. Elle est le fruit de leur labeur, et leur "nourriture". Pour cela, une entreprise doit inspirer le respect. Ce qui ne veut pas dire taire et cacher les erreurs ou les fautes, mais recenser ce qui est bon, tirer les leçons des faux pas afin de réaliser de nouveaux progrès. Ainsi s'entretient et se développe le capital à transmettre.

Parlant de certains "diplômés", Robert Townsend, ancien président de AVIS, notait : " Il manque à cette élite la plupart des qualités indispensables au succès : l'humilité, le respect de ceux qui luttent sur le terrain, une connaissance réelle de la nature des affaires et des gens ".

Autant de qualités qui résument ce qu'on nommait autrefois "le devoir de piété".

 

L'HONNEUR DU TRAVAIL

L'élite ouvrière à l'honneur


A l'occasion de la XXIIIème exposition nationale du travail, qui se tenait à Lyon du 10 au 18 novembre, rendez-vous  fut pris avec un des correspondants de notre site, Rémi Lancien, luthier Meilleur Ouvrier de France, crû 2007.
 
 Vitrine de la qualité, symbole de l’excellence, le concours du M.O.F se déroule tous les trois ans. Il a pour vocation de valoriser le savoir-faire et la créativité, de développer le goût et l’attachement des gens de métiers à l’excellence du travail, assurer l’évolution technique  et la pérennité des métiers. Les qualités mises en oeuvre et reconnues par l'attribution du titre sont l’habileté, l’intelligence, l’imagination, le courage et la persévérance … pour ne citer que les principales. Mais il en est d'autres que nous avons décelées au cours de notre parcours, admirant dentellières au travail et taxidermistes, chaudronniers et ébénistes...

Nous avons rencontré...



"…des ouvriers qui ont envie de travailler.

"…des ouvriers qui le matin ne pensent qu’à travailler…

"Travailler est leur joie même et la racine profonde de leur être.

"Il y a un honneur incroyable du travail, le plus beau de tous les honneurs…

"Un honneur du travail exactement le même que celui qui au Moyen-Âge régissait la main et le cœur….

"Soin poussé jusqu’à la perfection, égal dans l’ensemble, égal dans le plus infime détail.

"Piété de l’ouvrage bien faite poussée, maintenue jusqu’à ses plus extrêmes exigences…

"Dans ce bel honneur de métier convergent tous les plus beaux, tous les plus nobles sentiments.

"Une dignité.

"Une fierté…

Il faut que l’objet soit bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même.

"Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur veut qu’il soit bien fait.

"Toute partie qui ne se voit pas est exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voit. C’était le principe même des cathédrales…

"Un respect de l'outil, et de la main, ce suprême outil.

"- Je perds ma main à travailler, di­sent les vieux. Et c'est la fin des fins.

"L'idée qu'on pourrait abîmer ses outils exprès ne leur semble même pas le dernier des sacrilèges, pas même la pire des folies. Elle ne leur semble pas même monstrueuse.

"Elle leur semble la supposition la plus extrava­gante.

"Ce serait comme si on leur  parlait de se couper la main. L'outil n'est qu'une main plus longue, ou plus dure, (des ongles d'acier), ou plus particulièrement affectée. Une main qu'on s'est faite exprès pour ceci…

"Tout est un événement sacré.

"Tout est une tradition, un enseignement, tout est légué, tout est la plus sainte habitude.

"Tout est une élévation, intérieure, et une prière, toute la jour­née, le sommeil et la veille, le travail et le peu de repos.

"Ils disent en riant que travailler c'est prier, et ils ne croient pas si bien dire. Tant leur travail est une prière, et l'atelier, un oratoire...


                                                     
(avec la contribution involontaire de Charles Péguy, in l'Argent)

40 ANS de PARTICIPATION

Vraie et fausse participation

Mots-clés :

Il y a 40 ans, était signée l’ordonnance sur « la participation des salariés aux fruits de l'expansion des entreprises. » Mise en œuvre après la crise de 1968, la  participation gaullienne devait libérer les salariés  de l’asservissement financier d’un capitalisme agressif et les immuniser contre la tentation communiste. Il semble que n’ont pas encore été découverts les bons chemins conduisant à la réconciliation du capital et du travail ! Rapports et projets sont régulièrement pensés, étudiés, ajournés, repris…comme si quatre décenies plus tard, n’avait pas été atteint l’objectif initial.

 Parmi les dernières réformes envisagées, les entreprises seraient fiscalement incitées à  distribuer un « dividende du travail » à l’ensemble des salariés, sous la forme d’actions, de suppléments de participation ou d’intéressement.  Ces actions, qui pourraient être versées sur un PEE, devraient  renforcer capital de l’entreprise et actionnariat salarié. Par ailleurs, les salariés seraient plus impliqués dans  la gestion de l’entreprise, par le biais de représentants au conseil d’administration...

Cette nouveauté sera-t-elle « le turbo de cohésion sociale et de dynamisme économique », évoqué par nos ministres ? Répondra-t-elle à «l’impératif besoin de conjuguer les intérêts communs des salariés et des actionnaires » ?

*   Ce serait  un moyen de contribuer à la stabilité du capital, en s’appuyant sur un actionnaire par nature stable et fidèle, puisque « tenu » par le salaire. 

Mais quelle peut être la puissance de l’actionnariat salarié pour jouer un rôle décisif sur la bourse ? Pour les sociétés cotées, la part de capital proposé aux salariés – voir les sociétés privatisées –  empêche toute mise en cause des pouvoirs des actionnaires institutionnels : les associations d’actionnaires minoritaires  cherchant à faire valoir leurs droits en témoignent !

*   On avance aussi que ce serait une façon plus équitable de répartir la richesse créée et donc d’améliorer la qualité des relations sociales, à moyen et long terme.

L’argument est vrai s’il n’est pas contredit quotidiennement par une recherche effrénée des profits à court terme, qui inquiète les salariés, déstabilise l’entreprise et risque de se réaliser au détriment du long terme.

*   L’actionnariat aurait valeur éducative, en éveillant l’intérêt des salariés à la gestion  d’un patrimoine.

Lorsque le capital de l'entreprise est négociable en bourse, tout salarié peut en acheter des titres. Il agit alors plus en épargnant, confiant dans la valeur des titres acquis, qu'en entrepreneur décidé à exercer un pouvoir réel. Aussi faut-il le laisser libre d'acheter là ou ailleurs, non l'y obliger par des offres préférentielles telles qu'il perdrait un avantage notable s'il n'y souscrivait pas. Gérer son patrimoine, c'est d'abord exercer une liberté!  De plus, est il bon d’avoir «tous les œufs dans le même panier » ? Salaire et épargne ne doivent pas être solidaires. C’est un principe de saine gestion.

*   L’actionnariat salarié créerait un sentiment d’appartenance, une meilleure compréhension des objectifs...

 Cela peut être vrai si, au jour le jour, les dirigeants par leurs modes de fonctionnement ont le souci d’impliquer les personnes dans les décisions qui les concernent : l’implication est le fruit de multiples actions réfléchies du management à tous les niveaux pour valoriser le personnel.

Les personnes sont elles dans la situation où elles ont intérêt à apporter le meilleur d’elles-mêmes, à prendre part – à participer- à l’œuvre commune ?  
 Toute tentative de faire participer au capital qui ne commence pas par donner à chacun les pouvoirs de sa responsabilité, les moyens d’assumer correctement sa mission  est un leurre, parce que

la participation  n’est pas d’abord,
n'est
pas qu'une question
de gros sous et de magot à partager.

Ce qui sape la confiance

"La meilleure approche au problème des hommes est agricole, faisait remarquer Robert Townsend, président de Avis. Si vous leur offrez le climat et la nourriture qui leur conviennent, vos gens se développeront tout seuls. Ils vous étonneront."

Le moteur et le frein

Les salariés français auraient une attitude de défiance à l'égard de leur entreprise et de leurs dirigeants. C'est ce qui ressort d'une enquête de l'Observatoire International des Salariés 2007.

Une lassitude désabusée aurait sa source dans les "ressentis" à l’occasion de l’accomplissement de leur mission : manque d’écoute et d’intérêt de la part des « managers », efforts non récompensés, incompréhensions de certaines contraintes ou décisions, changements fréquents et inexpliqués, ordres contradictoires, contrôles tatillons, non implication dans des décisions…

Autant de petits loupés qui perturbent en premier lieu les facultés intellectuelles.
On ne sait pas quoi penser...On est dans le flou...On n'est sûr de rien...A qui, à quoi se fier?On n'y comprend rien...A quoi je sers?... Que veulent-ils, là-haut?

L'intelligence a besoin de points de repères pour analyser et juger. De telles situations l'obscurcissent.
Qui sait si...Il ne faudrait pas que...Si jamais...Cela risque de...

Le doute est générateur d'inertie parce qu'il paralyse la volonté, capacité à se déterminer par soi-même, après avoir analysé, comparé, jugé. Dans le doute, abstiens-toi ! Mieux vaut se taire...Ca ne vaut pas le coup de...Il y a des cas-où et des cas-où-pas...Pas d'histoires... Puisqu'ils sont si forts...

L'état psychologique qui en découle est alors proche de la morosité.

Les dysfonctionnements agissent sur la personne comme des freins : ils l'empêchent d'avancer. Si l'on donne un coup d'accélérateur par la mise en oeuvre d'innovations, mais qu'on garde le pied sur le frein, il ne faut pas s'attendre à ce que le moteur donne toute sa puissance.De fait, le véhicule souffre encore plus du freinage et de l'accélération simultanés.

Lever le pied du frein - mettre un terme aux pratiques démobilisatrices -
libère les capacités du moteur. Alors, l'accélération produit ses effets.

Les syndiqués en France : 7.5 %

Une équipe universitaire de Nancy publie une étude sur la désyndicalisation chez les salariés, Les syndiqués en France, (format PDF) qui fait état d’un taux de syndicalisation de près de 7,5 %.

Comparé aux autres pays industriels, notre pays aligne le plus grand nombre d’organisations syndicales… pour le plus petit nombre de syndiqués !

La nouvelle n’est pas très fraîche. Mais il est bon que cela se sache.

Où évoquions-nous la question de la représentativité démocratique, donc majoritaire, des syndicats ?

 

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